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Interview de BLIND GUARDIAN

THE VOICE IN THE DARK !

Déjà quatre ans qu’est paru A Twist In The Myth et nos oreilles ne s’en lassent toujours pas. Ce dernier marquait l’arrivée de Frederik Ehmke derrière les fûts suite au départ de leur batteur historique Thomen Stauch, parti créer Savage Circus (qu’il a quitté depuis). Aujourd’hui, nos Allemands, toujours férus d’Histoire, de mythologie et de littérature héroic fantasy, publient une dixième œuvre magistrale, enregistrée comme à l’accoutumée dans leur fief (les Twilight Hall Studios) avec le producteur Charlie Bauerfeind. Petit bilan sur ces dernières années chargées et présentation d’At The Edge Of Time par l’une des plus belles voix masculines du heavy speed mélodique européen.

[ENTRETIEN AVEC HANSI KÜRSCH (chant) – PAR SEIGNEUR FRED – PHOTO : DR]

Te souviens-tu de votre dernier show en France car ça fait un moment que l’on ne vous a pas vus ici ?
Eh bien, c’était en 2007 lors de votre festival Hellfest. Ce fut un concert très court malheureusement. Je m’en souviens bien, oui. On revenait d’une série de trois jours de festival et là c’était le dernier. On a joué quelque chose comme quarante minutes et c’était sur la scène moyenne, la Gibson stage, juste après Megadeth qui eux jouaient sur la grande, tout comme Dream Theater qui nous succédaient... C’était la nuit ce qui est mieux. Il y avait environ quatre ou cinq mille personnes peut-être. Je ne sais plus exactement. C’était déjà important à l’époque et l’affluence est croissante chaque année je crois là-bas d’ailleurs. Et je me souviens qu’il pleuvait tout le temps presque, c’était catastrophique. Ce fut une sale journée pour les promoteurs et pour nous jouer là-bas, mais le public répondait présent et c’est ce qu’il y a de plus important. Techniquement c’était ok pour nous donc ça a été.

Oui, je m’en rappelle aussi, et Korn avait d’ailleurs annulé cette année-là tout comme l’année précédente ! Il y a eu un procès. Ce genre de mésaventure est-il déjà arrivé à Blind Guardian ?
Oui, c’est vrai !! Les fans avaient du être déçus. Après il faut voir les termes du contrat et ça regarde les promoteurs. Si techniquement il y a des problèmes, et si cela fait partie de leur contrat dans les clauses d’annulation, alors ça peut se comprendre mais deux fois, ça fait beaucoup, surtout s’ils avaient été payés. Je me souviens d’une fois, lors d’un festival à Saragosse en Espagne, il y eut une véritable tempête. Ce fut terrible. C’était en 2009. On était sur un plateau. Et il était impossible d’échapper au vent. Mais on a joué finalement plus tard. Il y avait aussi Heaven & Hell. Ils voulaient aussi partir car c’était très dangereux. Et ils ont été contraints par le promoteur de monter sur scène pour annoncer eux-mêmes qu’ils annulaient leur show… C’était très difficile. Tu peux pas disparaître ainsi devant les fans.

Tu parles de Heaven & Hell (NDLR : la reformation de Black Sabbath avec Ronnie James Dio). Sa disparition t’a-t’elle touché personnellement, en tant que chanteur de heavy metal ?
Dio a été une grande influence. Sa mort m’a touché, m’a ému (NDLR : un petit silence s’installe). J’ai parlé à beaucoup de gens de cela. Je ne le connaissais pas personnellement bien que je l’ai rencontré deux ou trois fois dans le passé. On a fait plusieurs concerts communs avec Dio, son groupe, et Heaven & Hell plus récemment. Mais on a jamais vraiment discuté. J’aime beaucoup ses chansons, avec Dio notamment. C’était l’une des plus belles voix du heavy metal…

Blind Guardian avait sorti une nouvelle chanson « Sacred » via le jeu vidéo Sacred II : Fallen Angel (Ascaron Entertainment/Koch Media) sur PC en 2008 puis sur consoles next gen’ en 2009. Pourquoi une telle collaboration ? Comment ce projet est-il né ?
En fait, on a deux membres dans le groupe totalement accros aux jeux vidéo (rires) : Marcus et André. Ils aiment beaucoup World Of Warcraft. Et ils avaient joué aussi au premier Sacred. Pour moi et Frederik (NDLR : Frederik Ehmke, leur nouveau batteur depuis 2005), c’est moins important comme loisir. Quoique Frederik joue de temps en temps sur console Nintendo donc il est d’avantage dans tout ça aussi. On attendait ce genre de projet depuis des années. Et on avait déjà participé à la musique d’un film dans le passé (NDLR : la bande son du film de Uwe Boll In The Name Of The King : A Dungeon Siege Tale en 2007 en signant la chanson-titre) maos c’était différent, il n’y avait rien de spécial. Là, le jeu Sacred II fut quelque chose de spécial. Le type du développeur Ascaron était un gros fan de Blind Guardian, et il nous suivait depuis des années. Il nous a contacté via une autre entreprise mais on était alors en tournée pour A Twist In The Myth. A la fin de celle-ci, il nous a donc demandé une chanson. On a dit oui  en octobre 2007 à l’issue de notre tournée, et on devait logiquement de toute façon recommencer à écrire. Et là comme on avait encore rien écrit, on a donc rapidement composé et avons demandé à Charlie Bauerfiend de nous enregistrer en studio. C’est donc cette chanson « Sacred » pour le jeu vidéo. On a aussi fait la chanson « War Of The Thrones » qui figure également sur le nouvel album mais pas dans le jeu. C’est donc une bonne chose car on revenait juste de tournée avec cette énergie de la scène. Cela a été écrit facilement, très live, groovy, et ce fut un bon morceau mais pas le vrai morceau de Blind Guardian. C’est donc sorti à travers ce jeu uniquement au départ et ça a pris un peu de temps. Elle est devenue « Sacred Worlds » et figure maintenant sur At The Edge Of Time mais dans une version remaniée, plus longue et orchestrale. Au final, le jeu a eu de bonnes critiques et l’éditeur, les fans, tout le monde a été emballé. Le groupe apparaît dans le jeu, à la fin d’une quête, etc. mais j’ai rien vu de tout ça car je joue pas ! (rires).

Pourquoi ne pas avoir sorti At The Edge Of Time en même temps ou juste après le jeu vidéo car en terme de promotion, cela aurait été plus important ?
On était tout simplement pas prêt ! Il faut faire attention. On est long en général dans notre processus de création, et là au départ on travaillait juste pour une chanson. On était donc pas prêt, voilà tout !

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Le premier single de ce nouvel album est assez direct mais ne le représente pas vraiment…
« A Voice In The Dark » est un lien entre tous nos albums, je pense. Tu peux retrouver des choses d’Imaginations From The Other Side, des éléments de A Night At The Opera, et aussi A Twist In The Myth. Cela reprend tout ça. C’est vrai, c’est direct, dans une veine métal comme A Twist (...) mais
en même temps cela surprend les gens car ils ne s’attendent pas à ça mais plutôt à une chanson épique et plus mélodique sur le Valhalla ou autre, moins speed, moins thrashy. Et en effet, ça ne représente pas l’ensemble du disque.

Et chaque chanson semble posséder sa propre identité musicale, sa propre histoire… C’est un concept album ?
Non, mais chaque chanson a son propre concept, tout à fait. Chacune possèdera son propre artwork dans le livret de l’album. C’est un artwork magnifique, mieux que sur A Twist (…) tu verras. Il représente chaque titre et a été réalisé par l’artiste colombien Felipe Machado Franco (Iced Earth, At Vance, Axel Rudi Pell). C’est un fan de Blind Guardian. Et j’ai appris qu’il avait collaboré avec Iced Earth donc et aussi Ayreon. Je lui ai dit : « Il faut qu’on se parle ! » (rires). Par exemple, « War Of The Thrones », le morceau au piano, c’est une histoire d’amour éternel, de mort, entre deux magiciens qui ont un combat ultime à mener pour savoir qui est l’apprenti et le maître, l’apprenti voulant remplacer le maître mais il est le mal...

Comment dans Star Wars ? (rires)
Non, pas comme Star Wars ! (rires) C’est plus moderne que ça. C’est plus philosophique aussi, de l’héroic-fantasy plus profonde... Et il y aura donc un artwork spécial pour cela. Ce dessinateur s’est basé sur une description de chaque chanson, d’un résumé du texte que je lui ai adressé, sans qu’il n’écoute au préalable la musique.

Plus sérieusement, parle-moi de la superbe chanson « Valkyries » à présent, s’il-te-plaît ?
J’aime la mythologie nordique, il n’y a pas de doute là-dessus, tu le sais. Ça m’a donné l’occasion de restituer un aspect histoirique avec de l’imagination et de la mythologie donc. C’est quelque chose de très intéressant ici selon moi car ce titre est différent du reste de l’album. Il y a un ressenti plus technique et diversifié. Il y a d’abord une intro acoustique puis ça change d’aspect et viennent ensuite des cordes que l’on attend pas dans cette chanson. Cela change si rapidement, et j’avais une bonne impression sur ce morceau pour écrire les paroles. Je n’avais pas encore ce titre mais je pensais au Valhalla et je me suis dit : « Je vais lire l’Edda ! » (NDLR : recueil de poèmes islandais du XIIIème siècle). J’ai commencé à lire pour voir ce que ça pouvait donner (rires) et j’ai trouvé un poème intitulé « Les Chemins vers le Valhalla » traduit en germain. C’est pas le plus populaire et c’est en annexe de l’Edda. Le contexte de l’histoire prend place en Angleterre lors des invasions Vikings ce qui a terrorisé les Anglais à l’époque. Il y a un habitant qui ne prit pas part aux combats mais qui observa et écrivit un poème à ce sujet avec ce côté fictif emprunt de mythologie, avec les Valkyries qui participent et emmènent les meilleurs guerriers au Valhalla. J’ai mélangé tout ça et il y a au moins cinq niveaux de lecture possible (rires) d’où les breaks et divers passages selon la vision et la position des personnages dans cette histoire.

Quel bilan dressez-vous de votre précédente oeuvre A Twist In The Myth ?
On a été satisfait sur tout globalement. Il faut bien prendre en compte que notre ancien batteur, Thomen Stauch, est parti avant cet album. Cela a donc été un cap difficile pour nous car c’était la première fois que le line-up changeait dans le groupe. On l’a donc enregistré avec Frederik, dans une ambiance un peu triste et aussi nouvelle, moderne. Et l’album fut plus direct ce qui n’a peut-être pas plu immédiatement aux anciens fans mais le succès de l’album a été bon et nous a agréablement surpris.

Que devient Thomen justement avec son nouveau groupe Savage Circus ?
On a gardé contact. Il est parti pour créer ce groupe et il a déménagé pour l’Espagne, en 2005. Et ensuite il est rentré en Allemagne. Il passe nous voir de temps en temps en studio. On s’apprécie mutuellement mais malheureusement il s’est séparé de Pete dans Savage Circus et a quitté le groupe après le premier album. Il travaille toujours avec Speed de Soilwork dans Coldseed et il a d’autres projets.

Enfin, je suis obligé de te demander des nouvelles de ton projet Demons & Wizards avec Jon Schaffer que j’avais d’ailleurs rencontré ici-même il y a dix ans ? (rires)
Ah oui, quelle coïncidence ! (rires) Déjà, on a parlé au moins deux fois ensemble de faire un troisième album. Mais nous n’arrivons pas à trouver du temps pour ça. On était supposé écrire en décembre dernier mais j’étais tellement concentré sur Blind Guardian que je ne pouvais pas m’échapper et aller le rejoindre aux USA. Et aucune tournée n’aura lieu d’ici le prochain album.

Cela serait intéressant en attendant de sortir juste un EP, librement, sur internet par exemple ?
Euh, oui, juste un EP, ça serait une bonne idée mais on a rien fait encore (rires) car on a pas eu le temps. C’est toujours pareil… Néanmoins, Jon et moi, sommes tous les deux d’accord pour faire une tournée lors de la sortie du nouvel album. Donc je passerai de nouveau du temps avec Demons & Wizards mais je dirais, hum…, pas avant 2013.

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BLIND GUARDIAN – At The Edge Of Time

Nuclear Blast / Pias

www.myspace.com/blindguardian